Tai Chi Chuan

Au cours des siècles, les taoïstes et les bouddhistes chinois ont mis au point de nombreuses techniques corporelles. Ces techniques se divisent en deux grands systèmes : les styles externes (Wai Chia) et les styles internes (Nei Chia).

 

Les styles externes, en rapport avec le courant bouddhiste, se caractérisent par des mouvements puissants qui demandent un effort musculaire violent. Le style le plus représentatif de ce courant étant le Shaolin Chuan.

 

Dans les styles internes, en rapport avec le courant taoïste, nous trouvons le Tai Chi Chuan, le Pa Kua Chuan et le Hsing I Chuan. Ces arts internes sont fondés sur l’harmonisation, le développement, la conduite et la libération de l’énergie interne appelée Chi (ou Qi) par les Chinois. Contrairement aux styles externes, les mouvements se font en général lentement avec un minimum d’effort musculaire.

 

Nous ne connaissons pas l’époque exacte de la création du Tai chi chuan, les maîtres taoïstes n’ayant pas l’habitude de consigner leur enseignement par écrit. On attribue la fondation du Tai chi chuan au moine taoïste Zhang Sanfeng, qui aurait vécu vers la fin du XIIIe siècle sur le mont Wudang, haut lieu du taoïsme. Son nom se traduit littéralement par « Maître des Trois Pics ».

 

Un jour, après une méditation qui avait duré des heures, il vit un duel entre un oiseau et un serpent. À chaque attaque de l’oiseau, le serpent se mouvait en souplesse et en cercles pour l’esquiver. À la fin, l’oiseau, dépité et exténué, abandonna le combat. Zhang Sanfeng comprit alors que la souplesse et la concentration l’emportaient sur la force et la dispersion. C’est donc à la suite de cette vision qu’il élabora des enchaînements de mouvements qui par la suite prendront le nom de Tai chi chuan. Mais nous retrouvons cette histoire symbolique dans bon nombre d’enseignements traditionnels.

 

Ensuite le Tai chi chuan aurait été introduit dans le Henan par Wang Tsungyue, sous la dynastie des Ming (1368-1644), qui de là aurait transmis son art à Chen Wangting. Après Chen Wangting, la technique du Tai chi chuan se transmet secrètement de père en fils au sein de la famille Chen, où de nombreux maîtres s’y distinguent.

 

L’un d’eux, Chen Changxing (1771-1853), joue un rôle important dans l’histoire du Tai chi chuan, car c’est à partir de lui que la pratique est sortie de la famille Chen. En effet, comme ses ancêtres, Maître Chen Changxing n’enseignait son art qu’aux membres de sa famille, quand un fils de paysan natif du Hebei, Yang Luchan (1799-1872), qui pratiquait déjà une forme de boxe chinoise, entendit parler de l’art de la famille Chen et décida d’aller l’étudier. Il réussit à se faire embaucher comme serviteur dans la famille Chen et à suivre, en cachette et à l’insu de tous, les leçons de Maître Chen Changxing. Lorsque finalement il fut découvert par Chen Changxing, celui-ci fut surpris par sa maîtrise et ses connaissances. Il décida de le prendre comme disciple et de lui confier les secrets de la famille. Après de nombreuses années passées auprès du maître, Yang Luchan rentra chez lui pour enseigner le Tai chi chuan aux gens de son village, puis il partit enseigner à Pékin, où il fonda sa propre école. On peut donc dire que c’est à partir de lui que le Tai chi chuan sortit d’une pratique familiale pour devenir accessible à un plus large public.

 

Yang Luchan eut trois fils qui développèrent chacun leur propre mode d’enseignement du Tai chi chuan : Yang Banhou, Yang Jianhou et Yang Fenghou. Mais celui qui fut le propagateur du Tai chi chuan dans toute la Chine est sans conteste Yang Chengfu (1883-1936), le troisième fils de Yang Jianghou. Il voyagea dans tout le pays et forma de nombreux disciples…

 

Tout en gardant les caractéristiques martiales, la famille Yang développe un style plus doux, plus lent et plus fin qui rend la pratique accessible à tous. Aujourd’hui, on dénombre 5 styles : Chen, Yang, Wu (2) et Sun ; avec deux formes de travail : le Taolu, enchaînement de mouvements codifiés à mains nues ou avec armes, et le Tuishou (poussée des mains), qui est une mise en application avec un partenaire.